Morceaux choisis d’un entretien fleuve réalisé mi-février 2024 où le jeune directeur au curriculum vitae conséquent démontre que le CHU angevin est aussi « H » que « U » et, depuis peu, Tiers-Lieu d’Expérimentation avec le projet MOBIS (abréviation de « MOBilités Intelligentes en Santé »). En aparté, découvrez son opinion sur l’application AKIVI.
Depuis combien de temps êtes-vous à la tête de la Direction Recherche et Innovation du CHU Angers ?
J’ai soufflé ma première bougie le 2 janvier dernier. Je suis Directeur de la Recherche et de l’Innovation du CHU d’Angers mais aussi coresponsable du Centre de simulation All’SimS : objet commun à l’Université d’Angers et au CHU hébergé au sein du site hospitalier. Jusqu’en décembre 2022, j’étais élève-directeur à l’École des Hautes Études de Santé Publique (EHESP). J’ai fait mon stage de direction à l’hôpital Necker où j’ai principalement travaillé sur les centres de référence maladies rares à l’occasion de la campagne de labellisation. Je suis juriste de formation, spécialisé en « Droit Public » et « Affaires Publiques ». J’ai 27 ans.
De la recherche et de l’innovation, pour qui, pour quoi ?
La Direction de la Recherche et de l’Innovation du CHU d’Angers est une structure de soutien à la recherche au service des investigateurs aussi bien sur le versant promotion interne et externe de l’hôpital. Son cœur de métier est l’accompagnement des chercheurs dans la préparation, l’obtention, la mise en œuvre et la valorisation de leurs projets. Les centres hospitaliers et universitaires sont promoteurs de la moitié des essais cliniques en France et publient 80% des articles scientifiques parmi les établissements de santé. Cela s’explique par la proximité avec la « matière première » de la recherche dirais-je, les patients, les plateaux techniques sophistiqués, et les expertises des médecins. Les CHU demeurent le pivot et la cheville ouvrière de la recherche clinique en France.
De la recherche fondamentale ?
C’est autre chose ! C’est davantage le travail des laboratoires de recherche et plus spécifiquement en France, des Unités mixtes de recherche (UMR). Des unités partagées entre des organismes nationaux de recherche (INSERM, CNRS), universités et établissements d’enseignements supérieurs. De notre côté, nous structurons davantage l’activité de recherche clinique qui est tout aussi complexe, voire plus, d’un point de vue réglementaire, financier, organisationnel, etc. Pour cela, dans notre direction, vous retrouvez des dizaines de métiers différents. La Direction de la Recherche du CHU d’Angers, c’est 170 collaborateurs qui sont à la fois répartis ici mais également dans les services – au plus près des investigateurs et des patients. Nous gérons des activités de recherche très différentes ; on distingue généralement la promotion externe (nous sommes centre associé d’un projet porté par un promoteur académique ou industriel) et la promotion interne – qui correspond au montage et l’organisation de tous les projets qui sont promus par les investigateurs de l’établissement. Par exemple, le Dr Florian Bernard (ndlr : créateur d’AKIVI) pourrait venir nous voir avec une idée de recherche et nous demander de l’aider à construire une méthodologie, un protocole, un cahier d’observation, un plan d’analyse statistique, un budget, un rétro-planning, un dossier réglementaire, etc.
Un support pour les investigateurs en somme ?
Exactement ! Nous les accompagnons de l’élaboration, comme je disais, méthodologique réglementaire, en fonction des catégories d’études, budgétaires,… jusqu’à la valorisation. Et, ensuite, sur tout le développement du projet, l’ouverture de centres extérieurs, le suivi des inclusions, la révision du protocole le cas échéant si besoin pour élargir le potentiel de recrutement par exemple… Sans oublier, la revue des données, l’analyse statistique, l’accompagnement de l’investigateur dans la publication et la valorisation de ses résultats. Ça, c’est notre cœur de métier. En parallèle, vous avez ce qu’on appelle la promotion externe où, avec beaucoup moins de responsabilités de notre part, nous sommes sollicités, soit par un acteur académique, par exemple un autre CHU, pour participer à une étude, ou un industriel, en particulier pour les essais médicament.
Et côté innovation ?
L’innovation est associée au développement de méthodes et de projets innovants aussi bien d’un point de vue technique, numérique, qu’organisationnel. L’innovation se focalise au CHU d’Angers sur une cartographie des besoins des usagers et des professionnels de santé à partir de problématiques éprouvées. Cela nous a notamment amené à travailler sur la fluidification des parcours dans un service hospitalier. Ma direction accompagne, une fois encore, de la phase de pré-maturation du projet à la réalisation de la preuve de concept, jusqu’à la mise sur le marché et le suivi post-commercialisation. Nous suivons le projet durant toute la chaîne de maturation technologique et travaillons dès le départ sur les aspects valorisation en étroite relations avec différents partenaires comme cela a été le cas avec AKIVI. Tout cela nécessite des expertises, notamment en propriété intellectuelle. Nous avons donc des juristes et chargés de partenariats spécialisés sur le sujet, qui travaillent en relation avec la SATT et l’université par exemple. Comme toutes les directions hospitalières, nous ne travaillons pas en vase clos mais en collaboration avec les services financiers, RH, logistiques…
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Toutes ces activités exigent des financements ?
Des financements très diversifiés ! Des financements pour la recherche et pour l’innovation, des dotations étatiques, des participations privées… Tous ces financements répondent à des règles qui leur sont propres ce qui implique une gestion comptable assez fine. La recherche est un domaine très complexe, souvent perçu comme un satellite dans les organisations hospitalières – parce que les circuits sont particuliers, les profils de métiers très spécialisés, les financements spécifiques. Elle demeure néanmoins l’une des cautions universitaires d’un CHU. Elle est certes moins mise en avant que le soin dans les médias mais exige néanmoins une expertise particulière et un travail en réseau important, à l’échelle locale, régionale, inter-régionale, nationale voire internationale. Il est important de préciser que la Direction de la Recherche et de l’Innovation travaille pour tous les investigateurs, principalement des médecins, mais aussi pour les soignants. Les infirmiers, les aides-soignants, les kinés, les puéricultrices peuvent réaliser ce qu’on appelle couramment de la recherche paramédicale, pour laquelle nous sommes très bien positionnés dans le paysage des CHU. Au CHU d’Angers, nous accompagnons d’ailleurs une partie de ces professionnels dans des parcours universitaires. A mon sens, il serait plus juste de tout englober et de ne plus parler que de recherche en santé.
A ce titre, le CHU d’Angers est plus "H" ou plus "U" ?
Il est les deux parce que nous avons une activité de recours et de soins qui est essentielle. Nous sommes le deuxième établissement de santé des Pays de la Loire. De mon côté, je vois davantage le versant « U » – de par mon activité quotidienne – que le versant « H ». Vous l’avez compris je crois ; mon rôle est d’accompagner la recherche pour la faire rayonner. Par ailleurs, je participe également à des missions d’enseignement, avec le Centre de simulation qui a vu en 2022 passer plus de 8 000 apprenants.
La place d’Angers dans la recherche et l’innovation en France ?
Si nous sommes le 22ème CHU en termes d’effectifs, en termes d’indicateurs de publications et d’inclusions, nous sommes positionnés à la 15ème place. Si on rapporte l’indicateur de publications à la proportion des ETP médicaux, on est 12ème sur 33. Pour l’indicateur d’inclusions dans les essais cliniques – rapporté toujours au nombre d’ETP médicaux -, nous sommes 6èmes sur 33. Dans son rapport établi à la suite de son audit en janvier 2023, le Haut Conseil d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur a décrit le CHU d’Angers de « petit CHU vivace ». Nous sommes certes 22èmes en termes d’effectifs… Mais nous avons des indicateurs de recherche qui sont particulièrement performants. Cela se reflète d’ailleurs dans les dotations que nous accorde l’État tous les ans.
Le dispositif MOBIS ! Projet brûlant de la Direction de la Recherche et de l'Innovation d’Angers ?
Tout à fait ! Nous sommes très contents d’avoir appris le 18 janvier, que nous étions lauréats de l’appel à projet Tiers-Lieu d’Expérimentation Numérique en Santé avec « MOBIS » pour « Mobilités Intelligentes en Santé ». Voilà un bon exemple d’hybridation entre l’innovation et la recherche ! Le but de cet appel à projet partait d’un constat de l’État : « Il y a plein d’innovations en santé disponibles sur le marché mais il n’y a pas nécessairement beaucoup de terrains d’expérimentation en France pour tester ces innovations numériques » et, finalement, en prouver ou non, la valeur ajoutée pour ensuite accompagner le développement commercial. MOBIS n’est pas un projet auquel on répond seul. Si nous en sommes le chef de file, nous avons répondu à l’appel à projet en collaboration avec toutes les technopoles du Maine-et-Loire, de la Sarthe et de la Mayenne, les pôles de compétitivité, VyV3, l’AFM Téléthon (Angers est le berceau de l’association), le GRADES e-santé, Coalition Next, ALDEV.
MOBIS pour "mobilités" au pluriel ?
MOBIS est un projet qui vise à expérimenter, au CHU d’Angers, des solutions numériques innovantes dans le domaine des mobilités. A première vue, quand on pense mobilité, on pense motricité physique. Si MOBIS propose un projet en lien avec la réadaptation fonctionnelle de l’enfant à domicile, il propose une vision plus large de la mobilité : optimisation des parcours (raccourcir les délais de prise en charge, éviter les retours aux urgences…), mobilité des données (développement d’algorithmes prédictifs pour orienter plus rapidement les patients), accessibilité aux soins pour des patients isolés… MOBIS intègre des technologies à la fois construites par des start-up – qui ont fait leur preuve mais qui ne sont pas nationalement connues – et des grosses entreprises de la Tech.
Un mot sur AKIVI pour finir ?
Florian Bernard m’a envoyé dernièrement les codes d’accès pour que je teste les dernières fonctionnalités de l’application. J’ai visité plusieurs cours en ligne. Je trouve AKIVI intéressante dans sa façon, au-delà des contenus qu’elle décline, de proposer effectivement des parcours diversifiés en fonction des catégories professionnelles. Je trouve ça très didactique et intuitif. L’accessibilité à des formats courts permet de répondre à l’exigence d’immédiateté qu’on rencontre aujourd’hui sur les vidéos mises en avant sur les réseaux sociaux – devant lesquels on ne peut rester durant des heures, mais plutôt enchaîner des contenus dynamiques, faciles à suivre et courts. De ce point de vue, je trouve que le projet est très intéressant, qu’il est bien construit. L’application m’a l’air complète même si, encore une fois, je n’ai pas visité toute l’arborescence. Au final, je crois que c’est la dimension d’utilité publique qui devrait être plus mise en avant dans AKIVI. Au-delà des étudiants et professionnels qui sont naturellement visés et qui se destinent aux études scientifiques, biomédicales, eh bien…, je pense que l’application mériterait d’être plus connue du grand public. Par curiosité tout simplement, par intérêt pour l’anatomie, par éducation scientifique citoyenne. Nous sommes très heureux qu’AKIVI ait été récompensée aux Talents de la e-Santé 2023 et continuerons de l’accompagner dans son développement.
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AKIVI remercie chaleureusement M. Nicolas Riffet-Vidal et l’ensemble de son service pour leur disponibilité.